dimanche 16 mars 2008

Un Dimanche

Même sourire édenté. Même oubli de se laver.
Même petits pas dans l'allée.
On se ressemble quand on a sept ans et dix fois plus.
Aussi dignes l'un que l'autre, les yeux brillants,
les larmes coincées.
Pas besoin de regarder où l'on met les pieds.
Cette terre, elle est apprivoisée de coups de bêche
et d'engins à roulettes et truffée de bouillabaisse
et de trésors aux vers de terre.
Quand les consignes de la Mamie s'ajoutent à la peine,
faut être bien solide.
Avoir l'air de rien, naturellement calme,
paraître en promenade dominicale... muets comme des carpes,
tout bien mis mais le coeur si grave.
Un cimetière, à l'origine, c'est toujours un jardin.
La semaine d'avant, le petit avait du y enfouir
son pingouin Tamagotchi, mort pour la septième fois,
et cette fois, hélas, de façon définitive.
Une cérémonie vite avalée, qui maudissait le stupide pari
d'avoir voulu faire admettre aux jumeaux Daviet
qu'un sumo-tamagotchi était insatiable à vie.
A sept cent kilos, l'animal avait rendu quelque chose.
Mais là, c'était plus grave, à voir la tête du Papoum.
Le petit corps tout dur, l'aura encore lumineuse,
"dix-huit ans de bons et loyaux services"
entre des mains un peu moites maintenant.
Comment rendre à la terre cette part de soi.
Elle allait honorer les entrailles du jardin
de sa présence rance et perdurer en une épitaphe
presque invisible pour une chienne qui en valait bien plus.
"À Cybelle, 1979-1997".
Surtout pas un mot... et surtout... "PAS-DIRE-À-PERSONNE-QU-ON-L'ENTERRE-DANS-LE-JARDIN-
PARAIT-QU'ON-N'A-PAS-L-DROIT-
CA-FRAIT-DES-HISTOIRES-SURTOUT-AVEC-LA-VOISINE"
Quand le Papoum avait tort,il avait raison quand même
et c'était pas une petite croix taillée avec le canif
qu'allait attirer tous les regards des curieux.
Il avait pris sa panoplie des mauvais jours : mouchoir plié
pour essuyer le front, pas de sifflotement,
pas de raclements de gorge toutes les minutes,
pas de grimaces adressées au soleil, à la pluie ou à Mamie.
Tout dans la gorge, dans les souvenirs et dans le silence.
Petits et grands doigts s'entremêlaient.
La terre était douce et légère et recouvrait
respectueusement le premier souvenir douloureux de leur complicité.

samedi 18 août 2007

l'éveil

Tristement c'est toujours au printemps
que meurt notre espérance
Trop sûrs de voir fleurir sourires,
et jolies danses, le monde rentre au placard
tout ce qui rime avec absence, avec latence.
Euthanasiant, anesthésiant le moinde doute,
l'hésitation, l'envie de triste et
de repos, on doit faire chaud,
sourire, faire beau.
Ainsi, sans faute, on s'exécute
à oublier les mois d'avant.
Ou bien alors, fort comme un fort
on offre au monde
une carapace en chrysalide, un peu de
temps et moins d'espace, on cristallise
un corps, une âme, par transparence
ou clairvoyance.
On vient tout doux,
tout là, on est tout en puissance.
L'éveil est l'entre, l'oscillant qui
chaque fois choisit son bord
et danse.

mercredi 15 août 2007

mal à dire

Mal là. Mal là. Mal là.
Pas mal là, non. Mal là.
Mal là. Mais faut pas dire.
Mal ici aussi. Mal là-bas.
Mal autour, dedans, là oui.
Dans le coeur, le ventricule, l'oreillette,
dans le sang, la veine. Mal où
ça fait mal-là comme tout le monde.
Mal à dire que ça fait mal.
Trop fière à bras, trop forte en
course à pied, en marathon de la
vida. Pas malin, hein.
Pas mal à l'âme, non, pas à l'amour
et ça, déjà bien, hein, pas plus mal.

nous ne sommes que des fleurs

A l'heure où l'on saisit que l'avenir, pour nous, c'est maintenant, nous comprenons que nous ne sommes que de grosses fleurs, généreuses ou rabougries, droites ou pliées, sur des tiges toutes fines, ballottées par le vent. Nous nous prenons tantôt pour des chardons, tantôt pour des pivoines et savons généralement à qui nous offrir. Parfois très entourées au milieu de semblables qui nous redressent au passage, parfois fleurs uniques, perdues dans un champ ras, parfois fleurs intruses, étrangères parmi les autres, nous nous savons rarement éphémères au point de passer juste à côté de l'essentiel, celui qui est en nous et nous pousse à exister, à aimer, à construire coûte que coûte, même si notre passage est de courte durée...